28 janvier 2026 Par Administrateur Elles

CYBERVIOLENCE, DOXXING ET SECURITE NUMERIQUE : PROTEGER LES FEMMES ET LES ACTIVISTES AU CAMEROUN

A l’occasion de la Journée de la protection des données, ELLES CAMEROUN attire l’attention sur une dimension encore trop souvent sous-estimée des violences faites aux femmes : les violences numériques.

Internet et les réseaux sociaux ont profondément transformé nos manières de communiquer, de nous informer et de nous mobiliser. Ils constituent également des espaces essentiels pour les mouvements féministes et les défenseuses des droits humains. Mais ces espaces peuvent être utilisés pour intimider, surveiller, harceler ou réduire au silence celles et ceux qui prennent la parole.

Quand la violence passe par l’écran

La cyberviolence peut prendre différentes formes : harcèlement répété, menaces, usurpation d’identité, piratage de comptes, diffusion d’images sans consentement, chantage, surveillance numérique ou campagnes coordonnées de diffamation.

Le doxxing constitue une forme particulièrement préoccupante. Il consiste à rechercher puis diffuser des informations personnelles adresse, numéro de téléphone, lieu de travail, informations familiales ou autres données permettant d’identifier ou de localiser une personne  généralement sans son consentement et dans une intention malveillante.

Pour une militante ou une défenseuse des droits humains, la publication de ces informations peut rapidement dépasser le cadre numérique. Elle peut exposer la personne à des menaces physiques, au harcèlement de ses proches, à la stigmatisation ou à des violences hors ligne.

Une question profondément féministe

Les violences numériques ne touchent pas toutes les personnes de la même manière. Les femmes qui prennent publiquement la parole, les militantes féministes, les journalistes, les défenseuses des droits humains, les femmes minoritaires et les personnes appartenant à des communautés marginalisées peuvent être particulièrement exposées à des attaques qui utilisent simultanément le sexisme, la misogynie, l’homophobie, la transphobie ou d’autres formes de discrimination.

Une approche féministe intersectionnelle nous oblige donc à regarder la sécurité numérique à partir des réalités différentes vécues par les personnes concernées.

Une militante ne devrait pas avoir à choisir entre sa sécurité et son droit de prendre la parole.

La sécurité numérique est une question de protection !

Protéger ses données ne signifie pas disparaître d’Internet. Il s’agit plutôt de reprendre le contrôle de son identité numérique et de réduire les possibilités d’exploitation de ses informations.

Quelques réflexes peuvent contribuer à renforcer cette protection :

  • Utiliser des mots de passe différents et difficiles à deviner ;
  • Activer la double authentification ;
  • Limiter les informations personnelles publiées publiquement ;
  • Eviter de publier sa localisation en temps réel ;
  • Vérifier les paramètres de confidentialité des réseaux sociaux ;
  • Etre attentive aux liens et fichiers reçus ;
  • Conserver les preuves en cas de harcèlement ou de menace ;
  • Ne jamais diffuser les informations personnelles d’une survivante ou d’une militante sans son consentement ;
  • Demander l’autorisation avant de publier une photographie permettant d’identifier une personne.

Protéger celles qui prennent la parole

Pour ELLES CAMEROUN, la sécurité numérique doit également devenir une responsabilité collective.

Nous devons apprendre à protéger nos propres données, mais aussi celles des autres. Une photographie, une adresse, un numéro de téléphone ou une information sur la situation d’une survivante peuvent devenir dangereux lorsqu’ils sont diffusés sans précaution.

La confidentialité n’est donc pas seulement une règle éthique : elle peut être une mesure de protection.

Dans un contexte où les femmes et les activistes investissent de plus en plus les espaces numériques pour dénoncer les injustices et porter leurs revendications, leur sécurité numérique doit faire partie intégrante de notre travail de défense des droits humains.

Nos données ne sont pas une monnaie d’échange.
Nos corps ne sont pas des contenus.
Nos identités ne sont pas des armes.
Notre parole ne doit pas être réduite au silence par la violence.

ELLES CAMEROUN appelle à une culture numérique féministe !

Nous appelons les communautés numériques, les organisations de la société civile, les médias, les plateformes et les institutions à renforcer la prévention et la réponse aux cyberviolences, tout en garantissant le respect de la vie privée et de la dignité des personnes.

La sécurité numérique est une composante de la sécurité des femmes. La protection des données est une composante de la protection des droits humains.

ELLES CAMEROUN, Pour des espaces numériques sûrs, inclusifs et libérés des violences sexistes.